Guide pédagogique du combat (Matsogi)¶
Typologie des combats, prise de mesure, système de points, code des pénalités et gestuelle d'arbitrage, d'après le règlement officiel de compétition de l'ITF et l'Encyclopédie du Taekwon-Do. Les sources complètes sont en fin de document.
1. Lexique officiel et commandements de l'arbitre¶
Termes dictés par l'arbitre central (Chushin) pour structurer l'assaut et en faire respecter les règles.
| Commandement | Hangul | Sens |
|---|---|---|
| Charyot | 차렷 | Position d'attention. |
| Kyong-ye | 경례 | Salut officiel, buste incliné à 15 degrés. |
| Narani Junbi Sogi | 나란히 준비 서기 | Position de départ, pieds parallèles. |
| Matsogi Junbi | 맞서기 준비 | Posture de garde de combat active. |
| Si-jak | 시작 | Commencer le combat. |
| Goman | 그만 | Arrêter immédiatement — fin du temps ou de l'exercice. |
| Kal-yeo | 갈려 | Séparer les deux combattants, arrêt temporaire. |
| Gye-sok | 계속 | Continuer le combat. |
| Ju-ui | 주의 | Avertissement verbal, faute mineure. |
| Gam-jung | 감점 | Déduction de point, faute majeure — carton jaune. |
| Sil-kyuk | 실격 | Disqualification immédiate — carton rouge. |
| Hong | 홍 | Compétiteur rouge. |
| Chong | 청 | Compétiteur bleu. |
| Dong-jeon | 동점 | Égalité des scores. |
| Sung | 승 | Annonce du vainqueur. |
2. Typologie des combats et usage technique¶
2.1 Combats préarrangés (Yaksok Matsogi — 약속 맞서기)¶
- Objectif pédagogique : développer la précision, la distance (Gori) et le contrôle. Les rôles et les attaques sont connus d'avance ; toucher l'adversaire avec puissance est interdit.
Attaque annoncée → défense ciblée → contre-attaque finale arrêtée
- Sur trois pas (Sambo Matsogi — 삼보 맞서기) : pour débutants. L'attaquant fait trois pas en avant avec trois attaques identiques ; le défenseur recule de trois pas en bloquant, puis délivre une seule contre-attaque finale.
- Sur deux pas (Ibo Matsogi — 이보 맞서기) : niveau intermédiaire. Combinaison de deux attaques différentes (par exemple un coup de poing puis un coup de pied) ; le défenseur recule, bloque et contre-attaque.
- Sur un pas (Ilbo Matsogi — 일보 맞서기) : niveau avancé. Une seule attaque explosive et réaliste, esquive ou blocage instantané suivi d'un contre décisif immédiat.
2.2 Combat semi-libre (Ban-Jayu Matsogi — 반자유 맞서기)¶
- Objectif pédagogique : faire la transition vers le combat libre. L'attaquant, en garde fixe, choisit librement son unique technique d'attaque sans l'annoncer ; le défenseur doit réagir en temps réel, bloquer et contre-attaquer. L'action s'arrête après cet échange unique.
2.3 Combat libre (Jayu Matsogi — 자유 맞서기)¶
- Objectif pédagogique : appliquer en compétition sportive. Les deux pratiquants attaquent et défendent librement, en enchaînant les combinaisons. Les touches doivent être contrôlées (light contact).
2.4 Combat modèle (Mobum Matsogi — 모범 맞서기)¶
- Objectif pédagogique : démontrer la technique au plus haut niveau, chez les ceintures noires. Combat scénarisé, fluide et ultra-réaliste, mettant en scène sauts complexes, balayages et esquives acrobatiques sans interruption.
2.5 Combat libre préarrangé (Yaksok Jayu Matsogi — 약속 자유 맞서기)¶
- Objectif pédagogique : le spectacle et la démonstration. L'assaut imite parfaitement la vivacité du combat libre, mais toute la chorégraphie est apprise par cœur à l'avance, ce qui permet d'y intégrer casses et chutes complexes en sécurité.
3. La prise de mesure (Gori Jajil)¶
La prise de mesure est une étape fondamentale des combats préarrangés. Selon l'Encyclopédie du général Choi Hong Hi, elle ne sert pas seulement à s'installer : elle démontre la compréhension qu'a l'adepte de la distance, des positions et de l'atteinte précise des points vitaux.
Trois termes reviennent tout au long de cette section :
- Gori Jajil (거리 조절) : la prise de mesure elle-même — Gori (거리), la distance, et Jajil (조절), l'ajustement, le contrôle.
- Gori (거리) : la distance entre les deux partenaires, celle que la mesure fixe et que l'œil doit ensuite savoir retrouver seul.
- Kihap (기합) : le cri d'engagement — Ki (기), l'énergie vitale, le souffle, et Hap (합), l'union, la concentration.
Ces graphies suivent la romanisation ITF, celle des commandements de salle ; la transcription internationale officielle écrit Geori Jojeol et Geori.
3.1 Alignement initial et principes généraux¶
Avant toute mesure, les deux partenaires se mettent au garde-à-vous (Charyot), se saluent (Kyong-ye), puis adoptent la position de départ — pieds joints (Moa Sogi), position à l'attention (Charyot Sogi) ou position parallèle de préparation (Narani Junbi Sogi) selon l'usage du club. Ils doivent se tenir parfaitement face à face, alignés sur une même ligne imaginaire.
Trois principes valent ensuite pour tous les combats préarrangés :
- C'est toujours l'attaquant qui prend la mesure, afin d'ajuster la portée de son attaque à la taille de son partenaire.
- La mesure se lit au sol : l'attaquant avance ou recule un pied jusqu'à un repère précis du pied du défenseur, repère qui dépend du niveau de la cible — voir la section 3.5.
- La frappe doit s'arrêter avant la cible : trois à cinq centimètres du point visé à l'entraînement, un à deux centimètres en évaluation — voir la section 3.7.
3.2 Prise de mesure à trois pas (Sambo Matsogi)¶
Le combat à trois pas sert à intégrer la distance de marche de base. Il s'exécute en position de marche (Gunnun Sogi), l'attaquant avançant de trois pas et le défenseur reculant d'autant.
- Ajustement du pied : l'attaquant avance le pied droit jusqu'au repère qui correspond au niveau visé.
- Adoption de la position : sans bouger ce pied droit, il recule le pied gauche pour former une position de marche (Gunnun Sogi) ou une position en L (Niunja Sogi), selon la technique de départ prévue.
- Vérification : bras tendu, l'outil d'attaque doit arriver à trois à cinq centimètres de la cible.
- Retour au centre : une fois la distance mémorisée par le corps, il ramène le pied droit pour revenir à sa position de départ.
Le repère au sol change avec le niveau de la cible.
- Niveau haut (Nopunde), coup de poing au visage : la pointe du pied de l'attaquant arrive à hauteur des orteils du défenseur, ou légèrement en deçà. Poing tendu à hauteur des yeux, il doit s'arrêter à trois à cinq centimètres du visage.
- Niveau moyen (Kaunde), coup de poing au plexus : la pointe du pied arrive au milieu du pied du défenseur, soit un peu plus près qu'au niveau haut — le buste est plus proche que le visage.
- Niveau bas (Najunde) : pour un coup de poing ou une pique basse, la pointe du pied s'aligne sur le talon ou la cheville du défenseur, ce qui compense le retrait naturel du bassin. Pour un coup de pied direct (Ap Chagi), la mesure se prend jambe tendue : le pied d'appui est placé de façon que la plante ou le talon atteigne le bas-ventre sans le toucher.
3.3 Prise de mesure à deux pas (Ibo Matsogi)¶
Le combat à deux pas enchaîne le plus souvent une technique de main et une technique de pied, de portées différentes : la distance doit accueillir les deux.
- Règle d'ajustement : la mesure se prend sur la technique qui demande la plus grande distance, le plus souvent le coup de pied.
- Repère : pour une combinaison poing-pied, le pied de l'attaquant se place au premier pas entre les orteils et le milieu du pied du défenseur.
- Vérification : après avoir essayé la première technique en avançant d'un pas, l'attaquant contrôle immédiatement que le second pas — un coup de pied circulaire ou latéral, par exemple — atteindra la cible au niveau haut ou moyen sans le laisser collé à son partenaire.
3.4 Prise de mesure à un pas (Ilbo Matsogi)¶
Le combat à un pas est le plus réaliste et le plus explosif : une seule attaque directe — poing, tranchant de la main, pique des doigts ou coup de pied — en un seul pas décisif, en position de marche (Gunnun Sogi) ou en position en L (Niunja Sogi). À ce niveau avancé, la mesure visible au pied s'efface : les pratiquants se placent directement à une distance d'un pas, en garde de combat (Matsogi Junbi Sogi), et l'évaluation porte sur leur capacité à estimer la distance juste (Gori) à l'œil, sans repère géométrique préalable. Les repères ci-dessous restent la référence de l'apprentissage.
- Attaque de main : les orteils de l'attaquant s'alignent sur ceux du défenseur au niveau haut, sur le milieu de son pied au niveau moyen, sur son talon au niveau bas.
- Coup de pied direct (Ap Chagi) : l'attaquant lève la jambe de frappe en armement fléchi et vérifie que l'extension complète atteindra le plexus ou le visage à trois à cinq centimètres.
- Coup de pied latéral (Yop Chagi) ou circulaire (Dollyo Chagi) : il pivote sur son pied d'appui et tend la jambe vers la cible pour caler l'axe et s'assurer que le tranchant du pied (Balkal) ne percutera pas le partenaire à l'exécution réelle.
3.5 Repères de pieds au sol¶
| Niveau de la cible | Repère du pied de l'attaquant |
|---|---|
| Niveau haut (Nopunde) | Pointe des pieds contre les orteils du défenseur. |
| Niveau moyen (Kaunde) | Orteils au milieu du pied du défenseur. |
| Niveau bas (Najunde) | Orteils au talon ou à la cheville du défenseur. |
Ces repères s'ajustent lorsque la différence de taille entre les deux pratiquants est importante.
3.6 Signal de préparation (Kihap)¶
La mesure prise et les deux partenaires revenus à leur position de départ, la procédure d'engagement commence.
- Signal de l'attaquant : il recule le pied droit en position de marche, exécute son armement de départ — un blocage bas de l'avant-bras gauche (Gunnun So Najunde Bakat Palmok Makgi), ou un blocage latéral haut de l'avant-bras externe (Gunnun So Bakat Palmok Nopunde Yop Makgi) selon l'école — et pousse un cri d'engagement (Kihap !). Ce geste signifie : « ma distance est prise, je suis prêt à attaquer ».
- Réponse du défenseur : il reste stable en position parallèle ou adopte sa garde de combat, et pousse à son tour un cri. Ce signal signifie : « je suis prêt à me défendre ».
- Déclenchement : l'attaquant s'élance immédiatement après le cri du défenseur.
3.7 Critères d'évaluation de la distance¶
Lors d'un passage de grade ou d'une évaluation technique, les juges vérifient la justesse de la mesure sur deux critères stricts.
- Le contrôle final, à deux centimètres : la technique doit être déployée avec un réalisme total — pleine vitesse, pleine extension — mais l'outil d'attaque doit s'arrêter à un ou deux centimètres au maximum du point vital visé ; la marge de trois à cinq centimètres tolérée à l'entraînement se resserre donc en évaluation. Un coup qui s'arrête trop loin, à dix centimètres par exemple, vaut une mauvaise mesure par manque de réalisme ; un coup qui touche avec impact est une faute de contrôle.
- L'alignement des cibles : une bonne mesure amène le coup précisément sur l'axe central — le philtrum au niveau haut, le plexus solaire au niveau moyen. Une attaque décentrée trahit une mauvaise gestion de la position de départ au moment de la mesure.
4. Le système de points officiel¶
Les points sont accordés par les juges de coin lorsque la technique est exécutée proprement, avec le bon outil d'attaque, qu'elle atteint une zone légale — face avant et côtés de la tête et du tronc, au-dessus de la ceinture — et que le combattant garde son équilibre.
| Points | Techniques de mains | Techniques de pieds |
|---|---|---|
| 1 point | Coup de poing direct au corps ou à la tête. | Coup de pied direct au corps, section moyenne. |
| 2 points | Coup de poing sauté à la tête. | Coup de pied à la tête (section haute) ; coup de pied sauté au corps. |
| 3 points | — (maximum de 2 points pour les mains) | Coup de pied sauté à la tête. |
5. Code des pénalités et fautes¶
L'arbitre central applique un barème strict pour sanctionner les comportements dangereux et l'anti-jeu.
5.1 Fautes mineures : l'avertissement (Ju-ui — 주의)¶
Trois avertissements accumulés entraînent automatiquement la perte d'un point sur la charte des juges.
- Sortir délibérément les deux pieds de la surface de combat réglementaire.
- Tomber au sol, c'est-à-dire toucher le tatami avec une autre partie du corps que les pieds, sauf à la suite d'un balayage subi.
- Éviter délibérément le combat : fuite, recul systématique, ou arbitre utilisé comme bouclier.
- Feindre d'avoir marqué en levant le bras ou en célébrant de manière intempestive.
- Simuler une blessure pour faire défiler le temps réglementaire.
- Ajuster ses protections — gants, protège-pieds — sans l'accord explicite de l'arbitre.
- Pousser l'adversaire avec les mains, les épaules ou le buste.
- Donner plus de deux coups de poing consécutifs au visage, générateurs de corps-à-corps stérile.
5.2 Fautes majeures : la déduction de point (Gam-jung — 감점)¶
Chaque faute majeure vaut un carton jaune et retire immédiatement un point net.
- Contact excessif ou non contrôlé — heavy contact, recherche du KO.
- Attaquer un adversaire au sol ou non préparé, après le commandement d'arrêt.
- Utiliser un outil d'attaque interdit : coude, genou ou tête.
- Attaquer délibérément une zone interdite : sous la ceinture, colonne vertébrale, nuque.
- Balayer intentionnellement ou projeter à la manière de la lutte ou du judo.
- Insulter ou manquer de respect à l'adversaire, à l'arbitre ou au public.
- Agripper, ceinturer ou tenir l'adversaire pour bloquer ses actions.
5.3 Disqualification (Sil-kyuk — 실격)¶
Marquée par un carton rouge, elle exclut immédiatement le compétiteur du tournoi.
- Blesser gravement l'adversaire par un coup délibéré et non contrôlé, le rendant inapte à continuer.
- Accumuler trois déductions de points nets (Gam-jung) dans le même combat, selon le règlement propre au tournoi.
- Ne pas se présenter sur le tatami après les appels officiels.
- Adopter un comportement anti-sportif flagrant ou refuser d'obéir aux injonctions du corps d'arbitrage.
6. Gestuelle officielle de l'arbitre central¶
L'arbitre communique ses décisions instantanément et sans équivoque, sans recourir à la parole, aux combattants, aux juges de coin, au président de table et au public.
6.1 Entrée et saluts initiaux¶
- Appel des compétiteurs : tendre les deux bras horizontalement vers les côtés, paumes vers le haut, puis ramener les avant-bras vers la poitrine, coudes pliés, pour inviter Hong et Chong à entrer sur le tatami.
- Position d'attention (Charyot) : pieds joints, taper les cuisses du plat des mains en ordonnant « Charyot ! ».
- Salut à la table officielle (Kyong-ye) : face au président de table, tendre les bras vers l'avant à 45 degrés, paumes vers le bas, puis s'incliner à 15 degrés en ordonnant « Kyong-ye ! ».
- Salut entre les compétiteurs : revenir au centre, face aux combattants, étendre les deux bras horizontalement, paumes se faisant face, pour les inviter à se regarder, puis ordonner « Kyong-ye ! » en inclinant légèrement les mains.
6.2 Gestion du combat : départ et arrêts¶
- Mise en garde (Matsogi Junbi) : reculer le pied droit en posture de combat (Niunja Sogi), exécuter un double blocage du tranchant des mains (Sang Sonkal Makgi) et crier « Matsogi Junbi ! ».
- Début du combat (Si-jak) : depuis la garde, ramener brusquement les deux mains ouvertes parallèlement devant la poitrine, puis séparer verticalement les bras vers le bas en ouvrant la garde, et crier « Si-jak ! ».
- Séparation en cours d'assaut (Haechyo / Kal-yeo) : avancer rapidement entre les deux compétiteurs et descendre verticalement le tranchant de la main droite (Sonkal) entre eux en ordonnant « Haechyo ! » ou « Kal-yeo ! ». Le combat s'arrête dès que la main descend.
- Reprise (Gye-sok) : après un arrêt temporaire, exécuter un mouvement de coupe horizontal ou vertical de la main droite entre les combattants et crier « Gye-sok ! ».
- Fin du temps réglementaire (Goman) : croiser les deux bras ou les deux poings devant le visage en forme de « X », puis les séparer horizontalement vers l'extérieur, en criant « Goman ! ».
6.3 Signalisation des sanctions¶
Pour toute pénalité, l'arbitre ordonne l'arrêt du temps (Jung-ji), désigne clairement le fautif du doigt, bras tendu vers lui, exécute le geste requis, puis valide la sanction face au président de table.
Avertissement verbal (Ju-ui)¶
- Pointer le doigt vers le compétiteur fautif.
- Lever l'index de la main droite verticalement à hauteur des yeux, paume vers l'avant.
- Prononcer fermement « Ju-ui ! ».
Déduction de point (Gam-jung)¶
- Pointer le doigt vers le compétiteur fautif.
- Lever verticalement le bras droit, index pointé vers le plafond — symbole de la déduction d'un point.
- Pivoter vers la table du jury et annoncer à haute voix « Gam-jung ! ».
Disqualification (Sil-kyuk)¶
- Pointer le doigt vers le compétiteur fautif.
- Croiser les avant-bras devant la poitrine, poings fermés, puis descendre les bras tendus le long du corps en posture d'exclusion.
- Se tourner vers la table officielle en ordonnant « Sil-kyuk ! ».
6.4 Désignation du vainqueur (Sung)¶
À la fin de la rencontre, une fois les scores calculés par la table :
- Demander aux deux combattants de se tenir côte à côte au centre du tatami.
- Saisir le poignet du gagnant ou se placer à côté de lui.
- Lever verticalement le bras correspondant au vainqueur : bras gauche pour le Bleu, bras droit pour le Rouge.
- Annoncer solennellement « Chong Sung ! » — le Bleu gagne — ou « Hong Sung ! » — le Rouge gagne.
Sources¶
- Official ITF Rules of Competition, version 2026-1 — règlement d'arbitrage, zones légales, barème des points et des sanctions.
- Encyclopédie du Taekwon-Do, général Choi Hong Hi — typologie des combats et terminologie coréenne.